Sécurité et Bonnes Pratiques 14 min de lecture

Pictogramme inflammable : guide de sécurité en laboratoire

Maîtrisez le risque incendie lié au pictogramme inflammable (SGH02). Guide expert : stockage EN 14470, EPI, gestion des solvants et procédures d'urgence.

27 février 2026 · La Plume du Labo · Mise à jour le 3 mars 2026

Pictogramme inflammable : guide de sécurité en laboratoire

Dans l’environnement critique d’un laboratoire, la maîtrise du risque incendie est une priorité absolue pour la protection des biens et des personnes. Le pictogramme inflammable, immédiatement identifiable par sa flamme noire inscrite dans un losange rouge (SGH02), constitue le premier avertissement visuel face aux substances combustibles selon le règlement CLP. Présent sur de nombreux réactifs, ce marquage signale des dangers potentiels variés, qu’il s’agisse de solvants organiques volatils, de gaz sous pression ou de solides réactifs capables de s’enflammer rapidement.

Cependant, la sécurité ne s’arrête pas à la simple lecture de l’étiquette sur un flacon. Elle exige une gestion proactive des risques incluant le stockage rigoureux, le respect strict des règles de ségrégation des produits chimiques et l’utilisation d’équipements de protection visuelle adaptés. Ce guide complet détaille les étapes indispensables pour sécuriser vos manipulations sur la paillasse de laboratoire : du décryptage technique des fiches de données de sécurité (FDS) au choix des contenants de rétention, en passant par les dispositifs d’intervention d’urgence nécessaires pour prévenir tout départ de feu.

Identification du pictogramme inflammable (SGH02) et réglementation CLP

Illustration : Identification du pictogramme inflammable (SGH02) et réglementation CLP
Illustration : Identification du pictogramme inflammable (SGH02) et réglementation CLP

Dans l’Union Européenne, l’étiquetage des produits chimiques est strictement encadré par le règlement CLP (Classification, Labelling and Packaging). Ce système harmonisé permet d’identifier rapidement les dangers grâce à une signalétique standardisée. Comprendre ces symboles est la première étape pour assurer la sécurité des techniciens et l’intégrité du matériel.

Décryptage visuel et champ d’application du symbole

Le pictogramme inflammable, codifié sous la référence SGH02, se distingue par un symbole de flamme noire sur fond blanc, inséré dans un losange à bordure rouge. Il doit respecter des dimensions minimales proportionnelles à la taille du contenant (par exemple, 52 x 74 mm pour des flacons jusqu’à 3 litres).

Ce symbole ne se limite pas aux carburants classiques. Il signale une vaste gamme de substances chimiques réactives :

Liquides inflammables (acétone, éthanol).

Gaz et aérosols inflammables.

Solides inflammables (poudres métalliques comme le magnésium).

– Substances auto-échauffantes ou pyrophoriques (qui s’enflamment au contact de l’air).

– Substances dégageant des gaz inflammables au contact de l’eau.

Différences entre SGH02, comburants (SGH03) et explosifs (SGH01)

La confusion entre les différents pictogrammes de danger peut mener à des erreurs de stockage critiques, notamment en matière d’incompatibilités chimiques. Il est impératif de distinguer le SGH02 de ses « faux amis » visuels :

SGH02 (Inflammable) vs SGH03 (Comburant) : Le pictogramme SGH03 représente une flamme au-dessus d’un cercle (la lettre « O » pour Oxygène). Les comburants ne brûlent pas eux-mêmes mais aggravent l’incendie en apportant de l’oxygène. Stocker un produit SGH02 avec un SGH03 sans séparation coupe-feu est une violation majeure des règles de sécurité.

SGH02 vs SGH01 (Explosif) : Le SGH01 montre une bombe en train d’exploser. Il désigne des produits instables (comme certains peroxydes organiques de type A) sensibles aux chocs ou à la friction.

Lecture de la Fiche de Données de Sécurité (FDS) et mentions H

L’étiquette sur le flacon est un résumé, mais la Fiche de Données de Sécurité (FDS) est la référence technique absolue. Pour tout produit marqué du pictogramme inflammable, le personnel doit consulter la rubrique 2 (Identification des dangers) de la FDS.

Cette section détaille les mentions de danger (Codes H) qui précisent la nature du risque :

H224 : Liquide et vapeurs extrêmement inflammables (Point d’éclair < 23°C et ébullition ≤ 35°C).

H225 : Liquide et vapeurs très inflammables.

H226 : Liquide et vapeurs inflammables.

Ces codes dictent directement le choix des équipements. Par exemple, un produit H224 nécessite impérativement un stockage dans une armoire de sécurité ventilée conforme à la norme EN 14470-1, et non sur une simple surface de travail.

Typologie des produits inflammables : liquides, gaz et solides

Illustration : Typologie des produits inflammables : liquides, gaz et solides
Illustration : Typologie des produits inflammables : liquides, gaz et solides

Le pictogramme inflammable regroupe une grande diversité de substances chimiques. En laboratoire, le danger ne se limite pas aux solvants classiques. Il concerne les trois états de la matière, chacun exigeant une vigilance spécifique et des conditions de stockage adaptées.

Les liquides inflammables et la notion de point d’éclair

Les solvants organiques constituent la catégorie la plus fréquente en laboratoire de chimie. Leur dangerosité est principalement évaluée par le point d’éclair (flash point). Il s’agit de la température minimale à laquelle un liquide émet suffisamment de vapeurs pour former un mélange inflammable avec l’air.

Plus ce point est bas, plus le risque est élevé. Le règlement CLP classe ces liquides en trois catégories :

Catégorie 1 : Point d’éclair < 23 °C et point d’ébullition ≤ 35 °C (ex : éther diéthylique).

Catégorie 2 : Point d’éclair < 23 °C et point d’ébullition > 35 °C (ex : acétone, éthanol).

Catégorie 3 : Point d’éclair entre 23 °C et 60 °C (ex : xylène).

Attention aux vapeurs de ces liquides. Souvent plus lourdes que l’air, elles peuvent « ramper » sur les surfaces de travail. Elles risquent d’atteindre une source d’ignition éloignée (bec Bunsen, plaque chauffante) et provoquer un retour de flamme. Pour approfondir les nuances de cette classification des dangers physico-chimiques, il est utile de se référer aux standards internationaux de sécurité au travail.

Les gaz et aérosols inflammables sous pression

Les gaz inflammables, tels que l’hydrogène, l’acétylène ou le propane, présentent un double risque : l’inflammabilité et la pression. Ces substances s’enflamment lorsqu’elles se trouvent dans une concentration spécifique dans l’air, appelée plage d’inflammabilité. Cette plage est délimitée par la Limite Inférieure (LIE) et la Limite Supérieure d’Explosivité (LSE).

Le stockage de ces bouteilles nécessite des armoires de sécurité spécifiques (norme EN 14470-2). Ces équipements doivent résister au feu et disposer d’une ventilation extraction performante pour éviter l’accumulation de gaz en cas de fuite au niveau des détendeurs. Les aérosols, souvent utilisés pour le nettoyage ou la cryogénie, portent également le symbole de la flamme et ne doivent jamais être exposés à des températures supérieures à 50 °C.

Les solides inflammables et métaux réactifs en laboratoire

Bien que moins intuitifs, les solides inflammables représentent un danger majeur. Cette catégorie inclut des substances qui s’enflamment facilement par friction ou au contact d’une flamme nue. Les poudres métalliques (magnésium, zinc, titane) sont particulièrement redoutables. Une fois allumés, ces feux de métaux génèrent des températures extrêmes et sont très difficiles à éteindre.

Il existe également des solides aux propriétés spécifiques :

Solides pyrophoriques : Ils s’enflamment spontanément au contact de l’air (ex : phosphore blanc).

Substances hydroréactives : Au contact de l’eau ou de l’humidité, elles dégagent des gaz inflammables. Le sodium ou le potassium, par exemple, doivent impérativement être stockés immergés dans de l’huile minérale ou de la paraffine pour éviter toute réaction violente.

Stockage de sécurité : normes EN 14470-1 et armoires dédiées

Le stockage des substances arborant le pictogramme inflammable exige une rigueur absolue pour prévenir tout départ de feu. En Europe, la référence incontournable est la norme EN 14470-1, qui régit la construction des armoires de sécurité pour liquides inflammables. L’objectif est double : protéger les produits d’un incendie externe et laisser le temps au personnel d’évacuer le laboratoire.

Critères de choix d’une armoire de sécurité (Type 30, 60, 90 minutes)

Le choix d’une armoire repose principalement sur sa résistance au feu. La norme classe ces équipements en quatre catégories selon la durée de protection offerte avant que la température interne ne devienne critique :

Type 30 (30 minutes) : Protection basique, souvent utilisée pour de faibles volumes ou des zones à risque modéré.

Type 60 (60 minutes) : Un compromis intermédiaire, moins fréquent sur le marché actuel.

Type 90 (90 minutes) : Le standard recommandé pour une sécurité maximale, offrant 1h30 de résistance.

Techniquement, ces armoires disposent de portes à fermeture automatique en cas d’élévation de température (généralement à 50°C). Elles sont équipées de joints intumescents qui gonflent à la chaleur pour sceller l’enceinte hermétiquement.

Côté budget, comptez environ 1 200 € à 1 800 € pour une armoire sous paillasse de Type 30. Pour une armoire haute (largeur 120 cm) de Type 90, les prix oscillent généralement entre 2 500 € et 4 500 € selon les finitions.

Règles de ségrégation et incompatibilités chimiques

L’organisation interne de l’armoire est aussi vitale que sa structure. Il est impératif de respecter les règles de ségrégation pour éviter des réactions exothermiques violentes. Le pictogramme inflammable ne doit jamais cohabiter directement avec des produits comburants (SGH03) ou toxiques.

Pour stocker ces familles incompatibles dans une même zone, optez pour des armoires multirisques. Ces modèles sont divisés en compartiments isolés verticalement, chacun disposant de sa propre résistance au feu. Vérifiez systématiquement la FDS pour valider les compatibilités avant le rangement.

Gestion de la ventilation et bacs de rétention intégrés

Les vapeurs inflammables, souvent plus lourdes que l’air, peuvent s’accumuler en bas de l’armoire et créer une atmosphère explosive (ATEX). Deux équipements sont indispensables pour gérer ce risque :

La ventilation : L’armoire doit être raccordée à une extraction extérieure ou équipée d’un caisson de filtration à charbon actif. Cela assure un renouvellement d’air constant (minimum 10 fois le volume par heure).

Le bac de rétention : Situé au bas de l’armoire, il récupère les fuites accidentelles.

La réglementation impose une capacité de rétention précise. Le bac doit pouvoir contenir 100 % du volume du plus grand contenant ou 50 % du volume total stocké (la valeur la plus élevée étant retenue). Pour plus de sécurité, privilégiez des étagères de rétention en acier galvanisé ou en PEHD selon la corrosivité des produits annexes.

Matériel de manipulation et équipements de protection (EPI)

L’identification d’un danger via le pictogramme inflammable n’est que la première étape de la prévention. Une fois le produit sorti de son armoire de stockage, la sécurité repose intégralement sur le matériel de transfert et les équipements de protection. L’utilisation d’accessoires inadaptés est la cause principale des départs de feu lors des manipulations.

Contenants de sécurité : bidons, pissettes et pare-flammes

Le transvasement de liquides volatils génère des vapeurs invisibles et hautement inflammables. Il est impératif de bannir la verrerie classique pour le transport interne au profit de récipients de sécurité.

Les bidons de sécurité, en acier inoxydable ou en polyéthylène haute densité (PEHD), intègrent des fonctionnalités critiques :

Pare-flammes : une grille métallique (généralement en inox) située dans le goulot empêche un retour de flamme vers l’intérieur du bidon.

Soupape de surpression : elle s’ouvre automatiquement (souvent autour de 0,3 bar) pour évacuer les vapeurs en cas de chauffe, évitant l’explosion.

Fermeture automatique : le bouchon se referme seul après usage (système « homme mort »).

Pour les petits volumes, privilégiez les pissettes de sécurité (250 ml à 1000 ml). Elles disposent d’une valve anti-goutte et d’un étiquetage pré-imprimé conforme au règlement CLP. Comptez environ 15 à 25 € pour une pissette certifiée et entre 80 € et 250 € pour un bidon de sécurité de 5 litres, selon le matériau.

Protection individuelle et collective sous sorbonne

La protection collective prime toujours. Toute manipulation d’un produit portant le pictogramme inflammable doit s’effectuer sous une sorbonne de laboratoire fonctionnelle. Le flux d’air doit être suffisant (contrôle de la vitesse de façade) pour évacuer les vapeurs avant qu’elles n’atteignent la zone de respiration ou une source d’ignition.

En complément, le port des EPI est non négociable :

Gants de protection : La norme EN ISO 374-1 définit la résistance chimique. Attention, le latex est souvent perméable aux solvants organiques. Privilégiez le nitrile, voire des gants spécifiques (Viton, Butyle) pour les cétones ou aldéhydes.

Blouse en coton : Les tissus synthétiques fondent sur la peau en cas de feu. Une blouse 100% coton, ou mieux, un vêtement ignifugé (norme ISO 11612), est requis.

Lunettes enveloppantes : Elles protègent des projections liquides pouvant survenir lors de l’ouverture d’un contenant sous pression.

Dispositifs de mise à la terre pour éviter l’électricité statique

L’électricité statique (ESD) est l’ennemi invisible des laboratoires. Le simple frottement d’un liquide coulant dans un entonnoir en plastique peut générer une charge suffisante pour créer une étincelle. Si cette étincelle dépasse l’énergie minimale d’inflammation (EMI) du produit, l’incendie est immédiat.

Pour prévenir ce risque lors des transvasements, l’équipotentialité est obligatoire. Vous devez relier les fûts, bidons et entonnoirs métalliques à la terre à l’aide de :

– Pinces de mise à la terre (généralement en laiton ou inox).

– Câbles de liaison (longueur standard de 1 à 3 mètres).

Ces dispositifs coûtent généralement moins de 50 € mais sont essentiels, particulièrement dans les zones classées ATEX (Atmosphères Explosives). Assurez-vous toujours que la pince morde sur le métal nu, en traversant les éventuelles couches de peinture ou de rouille.

Procédures d’urgence et matériel de lutte contre l’incendie

Même avec un respect rigoureux des consignes liées au pictogramme inflammable, le risque zéro n’existe pas en laboratoire. La rapidité de réaction et la pertinence du matériel d’intervention sont déterminantes pour limiter les dégâts humains et matériels. Une préparation adéquate implique de disposer d’équipements conformes et maintenus.

Choix des extincteurs adaptés aux feux de laboratoire

L’eau est rarement la solution adéquate face aux produits chimiques. Pour les liquides inflammables (solvants, alcools) ou les gaz, il est impératif d’utiliser des agents d’extinction qui n’étalent pas la nappe en feu et ne réagissent pas violemment.

En laboratoire, l’extincteur au dioxyde de carbone (CO2) est le standard privilégié. Il étouffe le feu en abaissant le taux d’oxygène et ne laisse aucun résidu, préservant ainsi les instruments d’analyse coûteux. Pour les stocks importants, les extincteurs à poudre sont plus efficaces mais très salissants.

Voici un comparatif technique pour orienter vos achats :

Type d’extincteur Classe de feu Usage recommandé Prix indicatif (2kg)
CO2 (Dioxyde de carbone) B (Liquides) et feux électriques Solvants, paillasses, appareils électroniques. Propre. 60 € – 90 € HT
Poudre ABC A, B, C (Solides, Liquides, Gaz) Polyvalent pour stockage général. Corrosif et salissant. 30 € – 50 € HT
Poudre D (Spéciale) D (Métaux) Métaux réactifs (Sodium, Magnésium). Indispensable si présence. 100 € – 150 € HT

Utilisation des douches de sécurité et rince-œils

En cas de projection de liquide inflammable sur un opérateur ou de départ de feu sur une blouse, l’accès immédiat aux dispositifs de décontamination est vital. Ces équipements doivent respecter la norme EN 15154.

Les douches de sécurité doivent fournir un débit minimal de 60 litres par minute pendant 15 minutes pour assurer un refroidissement thermique et un rinçage efficace. Elles doivent être situées à moins de 10 secondes de marche de la zone de danger, sans obstacle.

Les rince-œils, quant à eux, nécessitent un débit plus doux (environ 6 à 12 litres par minute) pour ne pas léser la cornée. Vérifiez hebdomadairement leur bon fonctionnement pour éviter la stagnation d’eau et la prolifération bactérienne.

Gestion des déversements accidentels avec absorbants spécifiques

Un liquide marqué du pictogramme inflammable renversé au sol génère immédiatement des vapeurs explosives. Il ne faut jamais utiliser de serpillère classique. La procédure exige l’utilisation de kits d’intervention anti-pollution.

Privilégiez les absorbants synthétiques (polypropylène) sous forme de feuilles ou de boudins pour circonscrire la fuite. Ils sont hydrophobes et absorbent spécifiquement les hydrocarbures et solvants.

Pour les poudres neutralisantes, vérifiez leur compatibilité chimique. Un kit d’urgence standard pour laboratoire (capacité d’absorption de 20 à 50 litres) coûte entre 80 € et 150 €. Une fois le liquide absorbé, les déchets doivent être traités comme des déchets dangereux et placés dans des conteneurs hermétiques dédiés.

Conclusion

La maîtrise du risque incendie en laboratoire ne se limite pas à la simple identification visuelle des dangers, bien que celle-ci soit fondamentale. Le pictogramme inflammable (SGH02) agit comme un signal d’alerte initial qui doit impérativement déclencher une série de mesures préventives rigoureuses. De la ségrégation des produits chimiques dans des armoires de sécurité certifiées EN 14470-1 à l’utilisation de bidons de sécurité équipés de pare-flammes, chaque équipement joue un rôle barrière indispensable.

Cependant, la performance technique ne peut pallier le facteur humain. La formation continue du personnel aux bonnes pratiques de manipulation et aux procédures d’urgence reste le rempart le plus efficace contre les accidents. Pensez également à instaurer un calendrier de maintenance préventive pour vos équipements de sécurité : une ventilation de sorbonne défaillante ou un joint d’armoire usé peuvent compromettre toute votre stratégie de protection sur le long terme.

Sources

LP

Auteur

La Plume du Labo

Rédaction équipements scientifiques

La Plume du Labo rédige des contenus dédiés au matériel scientifique, aux instruments de mesure et aux bonnes pratiques de laboratoire avec un angle clair, comparatif et orienté décision.